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Ce mois-ci j’ai rencontré les 2 entrepreneuses derrière F4A, Xénia et Ilana. F4A – food for all – reconditionne les produits de supermarchés dont la date de péremption est dans une semaine ou moins.

 

Ces produits vont dans des rayons dédiés, à des prix réduits. Xénia et Ilana espèrent ainsi réduire le gaspillage alimentaire et donner aux personnes à bas revenu du pouvoir d’achat supplémentaire.

 

Je les interviewe alors qu’elles sont en pleine levée de fonds. Leurs premiers produits seront dans les rayons de Delhaize en septembre. 

 

Cet article n’est PAS une recommendation d’investir. C’est une invitation à découvrir des projets de femmes qui oeuvrent à une économie plus durable tout en ayant un objectif commercial de rentabilité.

 

 

 

Bonjour les filles. pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous?

 

Xénia: J’ai un bachelor en culture européenne et je suis actuellement en train de finir mes études pour devenir Institutrice Primaire.

Je ne pensais jamais en arriver là, mais cela fait 3 ans que l’on travaille sur F4A et c’est une expérience incroyable !

C’est parfois difficile et stressant, car nous ne sommes que toutes les deux avec quelques personnes qui nous entourent, mais c’est absolument génial.

Ilana:  Je partage la même opinion concernant notre aventure. J’ai un bachelor en droit et un master en entrepreneurship mais nous avons commencé à travailler sur F4A avant même la fin de nos études.

 

Comment vous est venue l’idée de F4A?

 

Xénia: L’idée est venue il y a 3 ans. Nous avons observé durant nos études que beaucoup de monde avait du mal à bien s’alimenter. Nous-même étudiantes, nous mangions principalement du riz, des pâtes et des pommes de terre…
Nous nous sommes dit que ce n’était pas possible qu’il y ait autant de gaspillage alimentaire alors que tant de monde se nourrit mal. Nous avons beaucoup réfléchi ensemble aux solutions qui devraient être mises en place.

Au bout de quelques mois de discussion, nous avons décidé de nous attaquer au problème nous-même. Nous avons réalisé que nous devions être actrices du changement que nous voulions voir.

Ilana: Le concept de F4A a beaucoup évolué depuis 3 ans. Nous voulons travailler en partenariat avec les principaux acteurs du secteur. Nous avons un premier partenariat avec Delhaize et sommes en discussion avec d’autres grands groupes de distribution. Notre business a totalement pivoté. Aujourd’hui, nous avons une ambition internationale, car tous les pays ont besoin d’une solution concrète face à ce problème du gaspillage alimentaire. Nous souhaitons nous implanter dans tous les principaux marchés. L’aventure ne fait que commencer !

 

 

 

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de devenir entrepreneuses ?

 

Xénia : Mon père est entrepreneur. il n’a pas toujours eu facile mais il est une grande source de motivation pour moi. J’ai toujours su que j’allais devoir me débrouiller toute seule. Je ne veux pas dépendre de mes parents pour m’accompagner dans mon projet.

Quand Ilana m’a parlé de son idée, nous en avons beaucoup discuté nous sommes dit qu’il fallait foncer ! Le fait d’être à deux dans l’aventure est vraiment un avantage. Je ne me serais jamais lancée toute seule. C’est rassurant et nous sommes très complémentaires.

Ilana : La nourriture est une passion commune à toutes les deux, donc cela a facilité les choses aussi. Confrontées à la réalité sur le terrain, nous avons appris énormément de choses… Nous appelons notre projet Mission Possible : comme dans Mission Impossible, avec pleins d’obstacles et de péripéties, mais à la fin nous sommes convaincues d’arriver à faire bouger les choses et d’avoir de l’impact.

Xénia: C’est vrai. C’est à nous d’agir si nous voulons voir ce projet sortir de terre. Si nous ne nous étions pas lançées pour concrétiser notre idée, personne ne l’aurait fait à notre place.

 

Elles veulent changer le monde

 

Si vous vous projetez dans 5 ans, quel est votre objectif avec F4A ?

 

Ilana: Nous aimerions nous implanter aux États-Unis et éventuellement en Asie. Ces continents ont un problème de gaspillage alimentaire encore plus critique que l’Europe.

Xénia : Le plus dur est de réussir à faire enfin changer les mentalités. J’espère que dans 5 ans nous y seront parvenues et que F4A sera entré dans les habitudes des consommateurs. Il faut faire quelque chose pour la planète. Les produits sont toujours consommables même quand ils approchent de la date péremption et peuvent aider des personnes à bas revenu à manger sainement à moindre prix.

Ilana : J’aimerais que F4A soit un outil indispensable aux habitudes des consommateurs quand ils font leurs courses alimentaires. J’aimerais que toutes les chaines de supermarché, mondialement, jouent le jeu.

Nous voulons avoir un réel impact. Aider les supermarchés à évoluer et innover. Il faut qu’ils opèrent en harmonie avec la nature et non contre elle. Nous n’avons qu’une planète.

 

Quelle est votre relation avec l’argent?

 

Xénia: J’apprends au jour le jour à le gérer avec ce mode de vie d’entrepreneuse. Je me sers des bases que j’ai reçues à la maison avec ma famille. Chez moi on parle d’argent assez ouvertement.

Depuis assez jeune, on m’a donné la responsabilité de gérer mon argent de poche. J’ai gardé ce réflexe en moi. J’ai commencé à travailler assez rapidement pour pouvoir mettre de l’argent de côté.
Aujourd’hui je me sers de cette épargne pour financer F4A.

Au niveau business, j’apprends tous les jours. En plus,  j’ai la chance de partager cela avec ma meilleure amie qui me soutient dans mes moments de questionnement.

Ilana : Dans ma famille nous sommes très ouverts par rapport à l’argent. Les seuls tabous qui restent touchent à l’héritage ou aux conséquences de décisions malheureuses.

Ma mère m’a laissé gérer mon budget assez jeune. Au début je dépensais tout en quelques jours, mais j’ai vite appris à économiser et à augmenter mes revenus en faisant des petits boulots.

 

Vous avez toutes les deux commencé à épargner très tôt ?

 

Oui !

Xénia : Sans savoir que nous allions fonder F4A… mais nous sommes très heureuses de pouvoir investir dans notre projet.

Mes parents m’ont toujours incité à épargner. Mais c’est moi qui ai fait le choix et j’ai été autonome très jeune.

Ilana : Ma mère m’a ouvert un compte épargne quand je suis née. Je l’ai alimenté au fur et à mesure. Cet argent m’a servi pour mes études et j’y ai déposé mes premiers salaires lors de mes stages en cabinet d’avocat.

Puis est arrivé F4A. Les dépenses étaient raisonnables au début mais ont rapidement augmenté. Nous avons donc commencé à chercher des investisseurs pour nous suivre dans notre projet.

Notre objectif aujourd’hui est de lever suffisamment de fonds pour gérer le projet de manière quotidienne pour la prochaine année.  D’avoir un 5ème poumon pour sortir un peu la tête de l’eau.

 

vous avez toutes vos économies dans ce projet, comment vous voyez-vous financièrement dans 5 ans ?

 

I / X : On espère un retour sur investissement et au moins 2 petites semaines de vacances.
On a d’autres projets en tête qui ont un lien avec F4A, mais nous ne souhaitons pas nous arrêter là. Nous voulons créer un ‘groupe sustainable’ – un groupe vert !

Ilana : Personnellement j’aimerais avoir l’occasion un jour d’aider des femmes entrepreneuses à monter leur startup et à lever des fonds au même niveau que les hommes. Je le ferais même demain si j’avais l’argent.
L’aventure n’a pas été facile pour nous, et elle ne le sera sans doute pas non plus pour nos prochaines startups. Mais nous souhaitons vraiment pouvoir aider d’autres entrepreneuses.

 

Pourquoi dites-vous que ce n’est pas facile de monter une startup quand on est une femme ?

 

Ilana : Le milieu des supermarchés, est presque exclusivement masculin. 90% des cadres sont des hommes. Ce n’est pas facile, on sent une pression quand on est face à eux.

C’est quelque chose que nous avons vécu.
Un jour nous sommes allées dans une banque où une conseillère a revu notre demande à la baisse en dénaturant tout notre projet.
Nous avons présenté cette nouvelle demande dans une autre institution, cette fois à un conseiller masculin, qui nous dit que notre demande n’était pas assez ambitieuse.

Avec du recul, par rapport à notre business plan, c’est vrai que nous avions été assez conservatrices sur certains points. Mais de nature, nous sommes assez prudentes avec notre argent donc nous avons tendance à l’être également dans nos projections financières.

Au final nous avons fait nos propres choix. Nous avons pris en compte les points de feedback qui nous paraissaient pertinents pour mettre à jour nos besoins de financement mais sans nous soucier de l’avis de chacun.

Les investisseurs et conseillers masculins sont plus aggressifs que les femmes dans leurs conseils de projections financières. Le revers de la médaille c’est qu’ils ont également tendance à réduire le potentiel des plans qui leur sont proposés car ils s’attendent à ce que les porteurs de projets soient agressifs.

Quand les porteurs de projet sont plus conservateurs comme nous, cela crée un biais dès le départ et rend le projet moins sexy auprès des investisseurs. C’est un point important à prendre en compte en tant que femme porteuse de projet.

 

comment gérez-vous ces questions d’argent avec vos conjoints?

 

Xénia: Cest assez compliqué en ce moment, nous dédions tout notre temps au lancement de l’entreprise. Mon compagnon nous soutient depuis le début du projet. Il est d’une grande aide, mais se lasse parfois de cet investissement constant dans F4A.

D’un point de vue financier, je garde une séparation stricte entre ma vie privée et notre société. Je veux garder mon indépendance financière quoi qu’il arrive.

I : Pour moi c’est pareil. Je ne mélange pas le privé et le professionnel. En ce moment je vis et dors F4A donc je n’ai pas beaucoup de vie privée. Mais de toute manière je ne travaillerai jamais avec mon conjoint, et je resterai indépendante. Je me suis toujours assumée seule, ça fait partie de mon éducation.
Quand on milite pour l’égalité, il est normal de s’assumer aussi financièrement. On est en 2018.

 

Quels conseils donneriez-vous à votre futur vous, dans 30ans ?

 

Crois en tes premiers choix. Toujours viser plus haut.

Nous voulons continuer à travailler jusqu’à ce qu’on ne puisse plus. Ou jusqu’à ce qu’on ne s’amuse plus.

 

comment les personnes qui nous lisent peuvent vous aider?

 

Gardez un œil sur nous et n’hésitez pas à nous contacter si vous voulez participer à notre aventure. Nous sommes présentes sur tous les réseaux sociaux. Nous ferons des conférences et des workshops d’ici peu. Nous souhaitons vraiment rencontrer notre communauté.
Notre campagne de crowdfunding est également encore ouverte pour ceux qui souhaitent nous donner un petit coup de pouce.

 

Le mot de la fin ?

 

Go Food For All !
Retrouvez-nous à la rentrée!

Et n’oubliez pas : « Only you can make a change ! »

 

 

Interview avec Xénia Ashby et Ilana Devillers, août 2018.