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Ce mois-ci je vous partage l’interview de ma rencontre avec Christel, co-fondatrice de Yuman. Yuman est le premier endroit en Belgique qui propose exclusivement des biens et services circulaires et durables de la vie quotidienne. Pour le moment, vous les trouverez dans leur pop-up store de Noël à l’espace Louise à Bruxelles, mais dès l’année prochaine vous pourrez acheter sur leur e-shop ainsi que dans leur lieu définitif à découvrir dans Bruxelles.

Cet article n’est PAS une recommandation d’investir. C’est une invitation à découvrir des projets de femmes qui oeuvrent à une économie plus durable au travers de projets entrepreneuriaux. C’est également l’occasion de découvrir différents parcours d’investisseuses.

 

Quel est ton parcours et comment en es-tu arrivée à créer ta propre entreprise ?

 

Avant tout j’avais le projet de fonder une famille. J’ai 3 filles qui sont quasiment adultes et un mari. Ce projet est arrivé à un moment charnière avec l’entrée dans l’âge adulte de mes enfants. La troisième a encore 2 années d’études à faire, mais les autres ont fini. Quand j’ai terminé mes études, mon projet était de rentrer dans une entreprise. Je suis rentrée dans le secteur bancaire et j’ai passé 27 ans dans la même banque.

Pendant 27 ans, j’ai trouvé ce que j’y cherchais. J’ai appris beaucoup de choses. Je me suis enrichie des rencontres que j’ai faites et j’ai exercé un métier qui me correspondait. J’ai beaucoup travaillé en équipe. J’ai eu des équipes à « gérer » quasiment depuis le début de ma carrière car j’étais directeur d’agence à 25 ans. Par ailleurs, j’ai toujours été attirée par la clientèle « retail » au sens large. Et là ou je me suis vraiment amusée, c’est dans la vente et le marketing.

 

Quand t’es venue l’idée d’entreprendre ?

 

Après 27 ans chez mon premier employeur, j’ai décidé de rejoindre une autre société. Peut-être parce que j’avais le sentiment que j’étais arrivée au bout d’une histoire. Si je voulais me réinventer, je devais aller ailleurs.

J’ai donc décidé de rejoindre le comité de direction d’une société d’assurance avec ma casquette sales et marketing.

Cela m’a permis d’appréhender une société dans son ensemble. Certaines dimensions des défis d’une entreprise m’échappaient jusqu’alors. Quand cette société a été rachetée, j’ai commencé à me poser des questions sur ce que je voulais faire des années à venir. J’adhérais de moins en moins à la vie dans les grandes entreprises, à l’équilibre entre le client, l’employé et l’actionnaire.

Le film « Demain » a été un déclencheur. Ce film parcourt le monde à la recherche  d’exemples de comment pourrait être demain. Que ce soit à travers l’économie, la gestion d’une ville, l’enseignement…

Il met en lumière des individus et des entreprises qui abordent le monde autrement.

J’ai commencé à me demander comment contribuer à changer de paradigme. C’est un thème très large, mais 2 sujets m’intéressaient plus particulièrement. Premièrement, celui de la gouvernance partagée. J’ai notamment lu le livre de Frédéric Laloux, « Reinventing organizations »; et d’autre livres sur ce sujet.  Le deuxième thème était celui de l’économie circulaire dont j’ai fait mon thème principal à l’avenir.

 

Pourquoi  l’économie circulaire ?

 

Je suis convaincue que c’est le nouveau paradigme économique et qu’on va le construire progressivement. C’est la direction que la société et les entreprises vont prendre. Je ne dis pas que cela va résoudre tous les problèmes, mais c’est une partie de la solution.

Le vrai déclic, je l’ai eu via les réseaux sociaux. J’ai lu un article sur un centre commercial dédié à la seconde main et au produit revalorisé en Suède. Je suis partie visiter ce centre avec 2 anciens collègues. A la fin de notre séjour, nous avons décidé de créer cela en Belgique. C’est là que les choses ont commencé concrètement dans ma nouvelle vie. Et cette année, nous sommes allés voir un autre concept à Bordeaux qui s’appelle Darwin.

 

A partir de là, vous avez décidé de vous lancer ?

 

On est allé rencontrer un certain nombre d’acteurs de l’économie circulaire installés en Belgique. Ils étaient prêts à nous suivre dans ce projet. On a senti qu’il y avait de l’appétit.

Notre idée au départ était de démarrer directement à très grande échelle.  Néanmoins, nous nous sommes vite rendu compte qu’il faudrait d’abord avoir une expérience en la matière.

Nous avons donc réduit l’envergure du projet pour un pilote initial. Il n’est pas évident de trouver une surface commerciale de la dimension désirée à Bruxelles où nous voulions démarrer. En effet, c’est là qu’est tout notre réseau.

Notre site web est en ligne et nous développons actuellement un e-shop avec une offre de produits. Notre pop-up store de Noël ouvre le 30 novembre et jusqu’au 29 décembre à l’espace Louise. Il va nous permettre de tester le concept à une échelle plus petite que celle imaginée au départ.

Notre local définitif devrait voir le jour en 2019. Nous avons répondu à un appel à projet. Le but reste toujours de trouver un lieu d’une taille importante pour avoir un vrai impact.

 

Professionnellement, tu es passée de banquière à entrepreneuse. Comment appréhendes-tu ton avenir financier ?

 

Je me considère comme une investisseuse. Mais je suis une investisseuse qui fonctionne en termes de vision, mission et valeurs.

L’investissement n’est pas un but en soi. C’est un moyen de réaliser des projets.

La question que je me pose donc c’est plutôt quels sont les projets que je veux réaliser ? Quels projets de ma bucket list* nécessitent d’être financés ? Comment vais-je les financer au moment où j’en aurai besoin ?

Le premier projet sur ma liste c’était d’avoir un logement. Mon  deuxième projet c’était d’assurer mes « vieux jours », pour pouvoir avoir une qualité de vie jusqu’à la fin. Mon troisième projet, c’était un projet familial : c’était de pouvoir acquérir un lieu où rassembler la famille. J’ai également pour projet d’aider nos filles pour leur premier investissement immobilier si elles en ont besoin plus tard. Et d’autres objectifs qui sont plus de l’ordre du plaisir.

 

Comment as-tu planifié ces différents projets?

 

A 22 ans j’ai souscrit mon premier plan d’épargne. C’était un tout petit plan, mais il existe toujours. Je me suis rendue compte que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Je verse dans ce plan depuis 30-32 ans, et le montant a grossi significativement.

J’ai également souscrit aux plans de pension via mon employeur. Chez mon employeur précédent nous avions la possibilité d’investir plus pour notre pension sur base volontaire et je l’ai fait.

Le reste ce sont des investissements via des fonds, notamment des trackers**. Nous faisons ces investissements en couple ou séparément, principalement pour diversifier le risque.

Nous investissons également directement dans des actions de sociétés cotées. Uniquement dans des sociétés que nous connaissons bien et/ou pour lesquelles nous avons travaillé.

Mais j’ai aussi fait des erreurs. Par exemple, acheter des valeurs technologiques que je ne connaissais pas, sur base de recommandations…et perdre tout l’argent investi. Du grand n’importe quoi à posteriori. C’est en faisant des erreurs qu’on apprend.

En ce qui me concerne, ce qui marche le mieux c’est de me forcer à économiser en permanence. En le faisant de manière automatique, on ne s’en rend même pas compte. On adapte juste nos dépenses à ce qui reste. Et avoir le réflexe lors d’une rentrée d’argent inattendue d’en consacrer une partie à l’épargne. Forcer l’épargne c’est ce qui fonctionne pour moi, sinon j’aurais tendance à trop dépenser.

 

Est-ce que tes récents choix de vie influencent l’investisseuse que tu es aujourd’hui ?

 

Je veux être cohérente par rapport à ce que je prêche. Donc maintenant je n’investis plus comme avant. Tout d’abord, j’ai beaucoup investi dans mon projet. Mais j’ai également investi dans 2 autres projets locaux auxquels je crois.

Ma motivation à investir aujourd’hui se trouve dans l’impact que je peux avoir et la conviction que j’ai dans les projets. Tout en étant consciente que je ne reverrai peut-être jamais cet argent. C’est d’ailleurs la limite de ce type de comportement. Il faut que je trouve un moyen d’investir, même des petites sommes, dans un panier plutôt que dans un seul projet. Cela me permettrait de mieux répartir le risque.

Ce qui est clair c’est qu’à l’avenir je vais investir dans des choses essentielles. Je ne veux plus avoir des intérêts dans des sociétés dont je ne partage pas les valeurs.

 

Comment expliques-tu cette évolution?

 

Par une certaine forme de dégout. Et puis l’idée que c’est le consommateur d’une façon générale – dans son comportement d’investissement ou d’achat – qui changera le monde. J’en suis convaincue. Si chacun fait sa part et agit selon ses convictions, on peut avoir un impact à grande échelle.  

On le voit d’ailleurs au niveau de l’alimentation. Je crois que la grande distribution alimentaire se prépare à vivre des jours de plus en plus difficiles. Il  ne suffira pas de mettre du bio dans les rayons. Il y a aura des alternatives de bio de chez nous. Certaines personnes vont faire ce choix : moins d’intermédiaires, et une meilleure rétribution pour chacun.

Je me rends compte que j’ai changé, mais cela impacte aussi les personnes autour de moi. Je le vois avec mes enfants. En quelques mois de temps, elles ont un raisonnement différent.

 

Tu parles de tes filles. Est-ce que l’autonomie financière est un sujet que tu abordes avec elles ?

 

Je n’ai pas vraiment fait l’éducation financière de mes enfants. L’importance de l’épargne récurrente, c’est une chose dont je voudrais leur parler. Elles doivent l’intégrer dans leur tête, même si elles font le choix de ne rien en faire pour l’instant. Mais c’est une dimension que je n’ai pas encore vraiment abordée.

On leur a constitué un petit bas de laine, dont elles disposent aujourd’hui. Je pars du principe qu’elles peuvent en faire ce qu’elles veulent. Je ne vais pas intervenir dans ce qu’elles font de cet argent. Simplement, je les ai conscientisées au fait que ça ne se constitue pas du jour au lendemain.

Elles réfléchissent bien à ce qu’elles en font. Cela peut leur permettre justement de réaliser un projet. Le fait d’être prévoyant c’est aussi ce qui permet de réaliser ses rêves. Si on n’est pas prévoyant, à un moment donné on se trouve coincée, et on ne peut pas réaliser certaines choses qu’on aurait vraiment envie de réaliser.

Par contre l’éthique dans l’investissement, c’est quelque chose dont je leur parlerai et je partagerai ma propre expérience. Je trouve que c’est important.

 

Un dernier conseil à donner à de futures investisseuses ?

 

Réfléchissez aux projets que vous voulez réaliser, et investissez en fonction de cela. Ne dépensez pas plus que ce que vous ne gagnez, c’est la base de tout. Commencez à épargner tôt, afin que cela devienne une sorte de réflexe. Réfléchissez aux valeurs que vous voulez défendre, comme par exemple la sécurité, soutenir des projets locaux… En fonction de vos besoins, de vos échéances et de vos valeurs, faites le bon mix d’investissements.

A titre personnel, je réfléchis toujours à 3 dimensions. Premièrement, la durée. Deuxièmement, ce que je ne veux pas / veux comme types d’investissement. Finalement, les risques que je peux me permettre de prendre en fonction de mon horizon de placement.

Pour moi, quand tu as la paix financière, tu as l’esprit libre pour penser à d’autres choses.

 

Interview avec Christel Droogmans, septembre 2018.

* Bucket list: liste des choses à faire ou à vivre avant de mourir

** trackers: Un Index Tracker, ou fonds indiciel coté, est un type de fonds de placement (une sorte de panier d’instruments financiers) reproduisant un indice boursier. Un indice boursier représente les entreprises principales de la bourse en question. Par exemple, l’indice CAC 40 en France représente les 40 plus grandes entreprises françaises sur la bourse de Paris. L’indice CAC 40 est la moyenne de la valeur de ces 40 entreprises à un moment donné) et négociable en bourse. Un fonds indiciel sur le CAC 40 investirait donc dans ces entreprises en suivant l’indice boursier.