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Début Avril, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Katell Bosser, auteure du livre « Blooming People, manuel d’abondance à l’usage des jardiniers de la Vie ».

Cet article n’est PAS une recommandation d’investir. C’est une invitation à découvrir des projets de femmes qui oeuvrent à une économie plus durable au travers de projets entrepreneuriaux. C’est également l’occasion de découvrir différents parcours d’investisseuses.

Katell, peux-tu nous parler un peu plus de Blooming Companies ?

Au cours de l’été 2016, j’étais allongée au bord d’une piscine et je lisais deux livres. L’un traitait de finances et l’autre de permaculture parce que je fais pousser des légumes bios en ville sur mon balcon.

J’ai découvert que la permaculture était une méthodologie plus qu’une technique de jardinage… et qu’elle pouvait tout à fait être appliquée à la finance. Le résultat attendu ? Que l’argent serve la transition écologique (et de fait, humaine). C’était mon Eureka !

Blooming Companies est une méthodologie pour mettre l’argent au service de nos vies (et non l’inverse) et élaborer des projets entrepreneuriaux qui régénèrent la planète et reconstituent les ressources tout en dégageant des profits financiers.

Aujourd’hui, je diffuse cette méthodologie grâce à un livre « Blooming People, manuel d’abondance à l’usage des jardiniers de la Vie », lors de conférences et grâce à des accompagnements individuels.

Quelles sont tes motivations à travailler sur un tel projet ?

J’ai très envie de remettre l’argent au service du vivant. Nous sommes dans un moment où, en tant qu’individus, notre conscience de nous-même et nos interactions avec notre environnement augmentent à toute vitesse.

Petit à petit, chacun à notre mesure et à notre allure, nous faisons des liens de cause à effet.
« Ah tiens, si je jette mes déchets dans la nature, ça pose problème ».
« Ah tiens, à force de prendre des sacs plastiques au supermarché, ça a des conséquences ».

La prise de conscience va aller aussi vers nos supports financiers. Est-ce que j’ai envie de construire ma retraite sur les bénéfices de la vente d’armes aux pays en conflits (une hypothèse qui ne peut pas être exclue si l’on investit sur des obligations d’Etat en France ou en Suisse). Est-ce que j’ai envie de contribuer au développement d’entreprises locales, qui ont un projet régénératif ? Comment je vais pouvoir le faire ?

Concrètement, l’argent n’est rien d’autre qu’un outil, une convention. Il appartient à chacun de le mettre au service des causes qui lui tiennent à cœur. Se réapproprier cette liberté commence par remettre l’argent à sa place.

Ce livre est un premier volume qui vise les finances personnelles. Je rédige actuellement la suite « Blooming Companies, précis de botanique à l’usage des entreprises florissantes » qui concerne davantage le développement d’activités entrepreneuriales.

Ce n’est pas ta première entreprise, tu en as déjà créé plusieurs, qu’est-ce qui te pousse à entreprendre ?

Effectivement. Ma première entreprise, K etc – L’agence de rédaction propose du contenu texte à d’autres entreprises. J’ai également créé ARCHI-EVENT, une agence d’événements spécialisée dans le domaine de l’architecture et 2-3 autres projets sous forme associative. Pour moi, une entreprise est la matérialisation d’un élan, d’une envie. Ça peut durer quelques années ou quelques générations. J’ai passé le stade où je « couve » mes projets comme des bébés car j’ai vécu la transmission et la cessation. Si je ne suis plus la bonne personne pour gérer le projet, il est de ma responsabilité de le transmettre.

Te souviens-tu de ton premier investissement ? Et du processus de décision ?

J’avais 12 ans 😉.  Au collège, un prof avait organisé un « cours de bourse » sur la pause de midi. On y a appris ce que c’est qu’une action, comment varie sa valeur, comment l’acheter et comment la vendre. 

Pour acheter, on a fait un pot commun et j’ai investi avec mon argent de poche. Le prof nous a proposé plusieurs entreprises et nous avons retenu deux projets : Eurotunnel et Disneyland Paris.
Je me souviens m’être passionnée pour ces projets, découpais tous les articles qui concernaient le tunnel sous la Manche, j’avais la sensation d’être témoin d’une étape historique et d’y contribuer avec mes petits sous. J’avais acheté l’histoire, non le résultat. Même à 12 ans, nous n’avions pas tous les mêmes critères.

Aujourd’hui je suis conviée à des appels de fonds pour des startups et je retrouve chez certains investisseurs ce même besoin d’acheter « une histoire ».

Quelles ont été les grandes phases économiques dans ta vie ?

Wow… Tu as trois heures devant toi ? 😅

Dans mon enfance, l’argent était tabou. Ma mère ne savait pas ce que gagnait mon père, travaillait comme institutrice et payait toutes les dépenses au quotidien. Elle n’avait pas de capacité d’épargne. Elle m’a toujours appris à être indépendante financièrement, à ne jamais devoir dépendre d’un mari.

Ensuite, jeune adulte, j’avais une petite carence affective à combler et l’argent s’y prêtait bien. Je dépensais allègrement mes revenus… dans le vide.
Puis j’ai rencontré un amoureux qui vivait à Zürich. Des petits cœurs plein les yeux, je suis partie le rejoindre pour me rendre compte qu’il ne l’était pas tant que ça.

C’est une période de ma vie que je raconte dans mon livre. J’ai sombré dans les dettes en larmoyant « c’est vraiment trop inzuste » tel Caliméro. Puis je me suis ressaisie, j’ai redressé la situation, je suis rentrée en Suisse romande. Là j’ai eu la bonne idée d’arrêter de fumer en me jurant de mettre de côté ce que je m’appliquais littéralement à brûler chaque jour. Ça a été ma première grosse épargne.

                                                                           

et ensuite ?

A suivi ma première grossesse qui m’a valu de perdre mon emploi. J’aurais pu mettre mon temps et mon énergie aux Prud’hommes mais j’avais envie de passer à autre chose. Je me sentais prête à me lancer dans l’aventure de l’indépendance et j’ai créé K etc – L’agence de rédaction. Ça a été un très gros succès, pendant 10 ans, j’ai vécu une ascension vertigineuse et vécu les responsabilités qui vont avec.

Début 2018, je vis un accident qui me laisse complètement sonnée pendant plusieurs mois. Mes revenus chutent, je jongle pour faire baisser les frais et garder la tête hors de l’eau. Mais les charges sont importantes et pendant quelques mois, non seulement je ne contribue plus aux finances de ma famille mais en plus mon mari   « me dépanne ». Mon égo a beaucoup de mal à accepter d’être à la charge de quelqu’un, c’est la première fois de ma vie que ça arrive.

La bonne nouvelle, c’est que ça a été libérateur de lâcher cet impératif familial de devoir toujours être libre et indépendante. En réalité, on peut aussi, ponctuellement, compter sur ses proches, tout comme on les soutiendrait en retour. Cette tendresse de la solidarité n’existait pas dans ma famille d’origine.

Aujourd’hui, je suis remise, je me consacre à Blooming Companies (même si j’ai encore des clients pour la rédaction) et l’abondance est de retour.

Aujourd’hui avec toutes tes activités, comment arrives-tu à gérer ton argent ?

D’une manière générale, pour moi comme pour mes entreprises, j’ai tendance à vivre en dessous de mes moyens, ce qui est un gage d’agilité.

D’un point de vue pratique, j’ai deux tableaux de bord très précis (un pro et un perso) avec des « alarmes ».
Il y a les plans d’action en cas de mauvais scénario (On a toujours un plan de communication de crise sous le coude « au cas où »).

Et il y a aussi les alarmes positives. Dès que ma trésorerie couvre mon seuil de sécurité, j’investis.

Penses-tu a des objectifs sur le long terme tels que la retraite ?

Oui bien sûr, les prévoyances étatiques actuelles ne pourront jamais couvrir les besoins de notre génération. 

Mais je ne la prépare pas que financièrement. Mon accident m’a fait comprendre la valeur d’une bonne santé. J’ai changé ma manière de manger, mon rapport au sport. Je n’ai sans doute jamais été aussi en forme.
Au quotidien, je croise des personnes qui sont en état gériatrique à 50 ans et des jeunes audacieux de 75 ans. C’est quelque chose qui se construit, qui se choisit à travers des milliers d’actes quotidiens.

Pour conclure, quels conseils donnerais-tu à des femmes qui n’ont aucune idée de comment commencer à investir ?

De ne pas avoir peur. 

Investir, c’est quelque chose qui s’apprend, comme tout, mais qu’on enseigne rarement aux femmes.
Si je fais un parallèle avec la pâtisserie, commencez par un gâteau au yaourt (prise de risque modérée, effet wow modéré mais bilan nutritif positif) avant de viser les macarons (compter 8 échecs avant d’avoir quelque chose de mangeable et 8 de plus pour le wow). Certains supports sont plus techniques que d’autres.

L’investissement, c’est aussi renoncer aux logiques linéaires (que les vendeurs de produits financiers adorent faire miroiter mais qui sont pure illusion). Il y a des cycles haussiers, des cycles baissiers, il faut mener sa barque pour entrer à marée basse et sortir à marée haute sans paniquer chaque fois que ça monte ou que ça descend.

Enfin et sans doute surtout, le principal outil de l’investissement n’est pas l’argent mais le temps !

Merci beaucoup à Katell d’avoir partagé ces conseils avec nous. 

Starmicalement vôtre,

Gaëlle