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Je suis très contente de commencer ces séries d’interviews avec des entrepreneuses et femmes investisseurs inspirantes. J’espère que cela vous donnera le courage de poursuivre un rêve ou simplement envie de soutenir l’entrepreneuriat au féminin en commençant à investir dans des projets qui vous parlent.

Parfois, certains termes peuvent être un peu techniques et comme nous refusons le jargon chez StarTalers, vous trouverez systématiquement une explication sur ces termes. Si ce n’est pas le cas ou si vous voulez que d’autres termes soient expliqués, laissez vos suggestions en commentaire!

Pour ce premier interview, nous avons rencontré Maria Mateo Iborra pour parler de son parcours d’entrepreneur ainsi que de sa relation avec l’argent, les investissements et l’impact sociétal.

Maria Mateo est une jeune femme inspirante qui a commencé à investir à l’âge de 16 ans et qui a déjà créé plusieurs entreprises. En ce moment, en plus d’un emploi à temps plein, elle travaille sur le projet Ibisa qu’elle va nous présenter dans cet interview. Maria est la co-fondatrice de BitValley.

Elle est ingénieur en télécommunication et a construit sa carrière autour des communications par satellite.

BitValley est une start-up créée en 2015. Sa mission est d’encourager et de soutenir les projets visant à rechercher des applications concrètes à la blockchain.

L’année dernière, Maria et son équipe ont commencé leurs propres projets.

Ils en ont deux:

  • Ibisa, leur projet phare soutenu par l’Agence Spatiale Européenne
  • Spectrum également basé sur la blockchain mais sur la gestion des droits numériques.

Je vous laisse découvrir!

Maria, peux-tu nous parler un peu plus d’Ibisa ?

Ibisa est une solution de micro-assurance à destination des petits agriculteurs dans les pays en voie de développement qui n’ont pas accès à l’assurance traditionnelle pour leurs récoltes.

Ce projet utilise la blockchain et les smartcontracts afin de permettre à ces petits acteurs d’accéder à un système d’assurance communautaire. La mutualisation des primes en communautés locales permet l’indemnisation des dommages pour toute une région en même temps.

Le traitement des demandes est déterminé automatiquement grâce aux images d’observation de la terre de l’Agence Spatiale Européenne et des êtres humains pour faire un double contrôle.

Ces humains sont appelés ‘surveillants’ et auront à leur disposition la situation idéale du champ pour comparer avec la situation réelle. Le pourcentage de différence déterminera le dédommagement.

Lorsqu’il y a une demande de compensation, tout est géré par la blockchain et les smartcontract.

Nous allons commencer dans 3 pays : Kenya, Bangladesh et le sud de l’Inde, il est très important de limiter les risques, nous avons donc des pays différents en terme de météo et saisons.

Quelles sont tes motivations à travailler sur un tel projet ?

 

Je dois être un peu folle !

Dans mes précédents jobs, j’ai beaucoup voyagé dans des pays en développement où j’ai été très marquée par le niveau de pauvreté des populations locales. J’ai également observé à quel point de bonnes intentions de la part des programmes d’aide internationale peuvent les blesser dans leur dignité.

Ils ne demandent par l’aumône, ils cherchent à pouvoir vivre dignement et de manière autonome. Nous sommes au 21e siècle, nous avons toutes les technologies disponibles, nous utilisons la technologie pour faire toute sorte de choses. Pourquoi ne pas l’utiliser pour aider ces populations en leur fournissant des solutions pour leur permettre de devenir autonome, de subvenir aux besoins de leur famille.

C’est la mission d’Ibisa, fournir un service qui leur permet de stabiliser leurs revenus et sortir de la précarité, à un coût de production qui le rend accessible au plus grand nombre.

L’équipe joue également un rôle important dans ma motivation. Certains jours je me dis que c’est trop compliqué et ensuite je me rappelle de tous ces gens qui investissent leur temps et effort pour le projet, et cela m’encourage à continuer.

L’équipe de base est composée de 5 personnes, travaillant sur les observations de la terre, la cybersécurité, la communication satellite, les risques… Mais avec les différents bénévoles qui travaillent sur le projet aujourd’hui, nous sommes une vingtaine de personnes.

 

Nous avons toutes les technologies disponibles, nous utilisons la technologie pour faire toute sorte de choses. Pourquoi ne pas l’utiliser pour aider ces populations en leur fournissant des solutions pour leur permettre de devenir autonome, de subvenir aux besoins de leur famille en conservant cette dignité.

– Maria

Ce n’est pas ta première entreprise, tu en a déjà créé plusieurs, qu’est-ce qui te pousse à entreprendre ?

 

Je pense que l’on veut toujours apprendre, améliorer ou essayer. Ma première entreprise était dans les investissements, j’ai d’ailleurs commencé à investir à l’âge de 16 ans. Comme je me débrouillais bien ma famille a commencé à s’intéresser à ce que je faisais. Je leur expliquais ce que c’était d’investir, les profils de risque, la construction d’un portefeuille… dans les années 90.

Ensuite, j’ai commencé à travailler, mais en parallèle, j’ai lancé une start-up de petits drônes. Notre objectif était de traverser l’Atlantique Sud et d’être inscrit dans le livre Guiness des records. Nous n’avons pas réussi parce que le gouvernement prenait trop de temps à nous ouvrir une voie aérienne, mais j’ai beaucoup appris.

Le projet suivant est lié à l’entreprise familiale. J’ai grandi dans une région célèbre pour ses citrons. Nous avons développé un liquide permettant de conserver les citrons pendant le transport en limitant les pertes (qui sont en général de plus de 30% des récoltes à l’arrivée). Cette société est toujours en activité, le produit est breveté et commercialisé.

 

Tu dis avoir commencé à investir à l’âge de 16 ans, c’est un très jeune âge, qu’est-ce qui t’y a amené ?

 

Mon père m’a toujours incité à économiser. Je me suis demandée à quoi servait l’argent dans la banque. Comme je n’en avais pas besoin à ce moment, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose avec. J’ai donc fait mes propres recherches, et j’ai commencé à investir en bourse.

 

Te souviens-tu de ton premier investissement ? Et du processus de décision ?

 

Oui, c’était l’entreprise Picking pack qui faisait des carnets, des stylos. Ils venaient juste d’être introduit en bourse. Pour être honnête ce ne fut pas une décision très préméditée, j’aimais simplement leurs produits.

Au fur et à mesure, je me suis formée à la base de l’investissement et j’ai réfléchi à la façon dont je voulais construire mon portefeuille :

  • je gardais 40% de liquidités à la banque au cas où,
  • j’investissais à peu près 40% dans des sociétés établies qui distribuaient des dividendes
  • et les 20% restant étaient des investissements plus risqués et agressifs.

Vu mon âge, mon père devait m’accompagner à la banque pour signer les papiers, et c’est également ce qui l’a poussé à s’intéresser à ce que je faisais et à investir lui-même.

Quelle a été ton expérience au début ? As-tu fait de grosses erreurs ? Eu de gros succès ?

 

Quand j’ai commencé, nous n’avions pas internet, ni de smartphone donc je regardais la télévision en boucle pour les nouvelles économiques et boursières. Pour moi, c’était clair depuis le début que j’investissais seulement ce que j’étais totalement prête à perdre.

Ma vision s’est vite construite sur du très long terme. J’ai tendance à rester investie dans une société pour une grande durée parce que je crois en son histoire. Dans les bons et mauvais moments, je suis plutôt une détentrice.

Donc ma plus grosse erreur est de parfois trop vouloir attendre pour vendre.  Heureusement, je n’ai jamais souffert de pertes trop importantes car mon portefeuille est bien diversifié.

Aujourd’hui avec toutes tes activités, comment arrives-tu à gérer ton argent ?

 

Je le gère moi-même. Quand j’étais à l’université, je passais au moins 8 heures par semaine dessus. Mais quand j’ai commencé à travailler et à faire autre chose, je n’avais plus le temps.

Maintenant, je demande donc à mon père ce qu’il fait. C’est pourquoi je suis très intriguée d’en savoir plus à propos de Startalers et je pense que je serai une cliente potentielle.

 

Connais-tu environ le retour sur investissement que tu as eu depuis que tu as commencé à investir ? Si cela est trop privé, tu n’es pas obligée de répondre.

 

Je peux vous dire que lorsque j’ai fini mes études, j’ai pu m’acheter une voiture avec le produit de mes investissements.

Penses-tu à des objectifs sur le long-terme comme ta retraite ?

 

Je suis très curieuse de savoir comment les crypto-monnaies et ces nouvelles méthodes vont avoir de l’influence sur les investissements dans un futur proche.

Pour l’instant, ma stratégie repose sur la perception de dividendes, les banques et les entreprises d’énergie sont donc toujours d’actualité.

Mais je pense que notre portefeuille évoluera avec le temps. Je ne passe plus autant de temps que je voudrais à analyser les nouvelles tendances en matière d’investissement, je suis un petit peu dépassée.

Cependant, je pense que si vous construisez un bon portefeuille avec une stratégie que vous faites évoluer régulièrement, vous pouvez obtenir un bon complément de salaire. Et l’utiliser pour réaliser vos rêves, vous faire plaisir et sécuriser votre avenir sur le long terme.

Est-ce que l’impact de tes investissements sur la société ou la planète rentre en compte dans tes décisions?

 

Pas vraiment pour être honnête. Il est très difficile de comprendre l’impact que l’entreprise a. Il faut faire beaucoup de recherches . Il n’y a pas d’information claire à ce sujet. Pour l’instant, mes investissements n’ont pas été motivés par ce facteur, mais je pense que vu comme le monde change, nous devrions tous être plus conscients de ces choses. Nous devons changer notre façon de penser, de consommer et d’investir.

Pour conclure, quels conseils donnerais-tu à des femmes qui n’ont aucune idée de comment commencer à investir ?

 

La première chose est que vous devez être convaincue que c’est ce que vous voulez faire, il ne faut pas se presser, vous devez être prête à voir l’argent que vous investissez diminuer sur le court terme ou lors d’une panique sur les marchés.

Par ailleurs, si vous gagnez beaucoup au début, il faut également être vigilante, ne soyez pas trop enthousiaste. L’investissement doit vraiment se concevoir sur le long terme.

Ensuite, essayez de comprendre l’entreprise dans laquelle vous investissez. La situation économique affecte tout le monde de la même façon, mais si les bases de l’entreprise sont solides elle se remettra, dans un an, 3 ans ou 5 ans, elle se remettra.

En conclusion, investissez dans une entreprise ou une thématique à laquelle vous croyez, pas dans un moment, et soyez prêt à la garder sur du long terme.

Et surtout diversifiez et ayez une vue claire de votre appétit au risque. Si vous savez pourquoi et comment vous investissez, alors vous êtes plus forte pour garder la tête froide dans des moments difficiles.

Interview avec Maria, Mateo Iborra, juillet 2018.