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Chaque mois, une femme investisseuse partage avec nous son expérience personnelle. Ce mois-ci, j’ai eu le plaisir de rencontrer Claire Munck, Business Angel et CEO de Be Angels. Be Angels est un réseau belge d’investisseurs privés en capital-risque. Be Angels rapproche des entrepreneurs et entrepreneuses à la recherche d’accompagnement et de moyens financiers et des investisseurs privés, appelée Business Angels en anglais, prêts à investir dans des entreprises prometteuses.

Après avoir passé plus de 10 ans en tant que lobbyiste dans des réseaux européens, Claire rejoint le conseil d’administration de Be Angels en 2009 et fonde le Women Business Angel Club au sein de l’organisation avant d’en prendre la direction en 2013.

Passionnée par l’entrepreneuriat, Claire cherche avant tout à avoir de l’impact et à contribuer au développement de l’économie réelle. L’investissement en capital risque a été pour elle une manière de combiner ses 2 passions. Elle utilise son patrimoine pour soutenir des projets et surtout des équipes dans lesquelles elle croit.

Dans cet entretien, elle partage avec nous sa vision personnelle de l’investissement et son expérience en tant que business angel.

Bonjour Claire, quand vous vous êtes présentée vous avez tout de suite parlé du fait que vous aviez un profil d’investisseuse atypique, que voulez-vous dire par là ?

En effet, je suis atypique dans le sens où je n’investis que dans du capital risque ou presque. Bien sûr j’ai investi dans ma résidence principale comme la plupart. Mais hormis ce bien immobilier, j’ai investi la totalité de mon portefeuille dans une petite dizaine de participations dans de jeunes entreprises.

Je conseille évidemment à chaque nouveau membre du réseau Be Angels de ne pas investir plus de 5 à 10% de leur patrimoine dans le capital risque.

Néanmoins, à titre personnel, je préfère investir dans des projets qui me passionnent et me permettent de participer à leur aventure entrepreneuriale. J’ai conscience du risque que je prends en étant business angel et je suis à l’aise avec ça.

Vous n’avez donc pas d’investissement plus traditionnel tels que des instruments cotés ?

Non, ça ne m’intéresse pas. Je trouve ces instruments trop déconnectés de la réalité, trop agrégés, difficilement contrôlables .

Dans la plupart des fonds, je trouve difficile de savoir dans quelles sociétés j’investis réellement. J’ai besoin de savoir quels sont les projets, les équipes, les visions que je soutiens. Je trouve l’investissement direct dans des entreprises où je peux rencontrer l’équipe, leur parler, connaître leur histoire, beaucoup plus stimulant.

Vous rappelez-vous de votre premier investissement ?

Oui, très bien. J’ai co-investi dans une plateforme d’investissement pour business angels. Elle était lancée par deux personnes que j’avais connu à travers l’association européenne pour laquelle je travaillais. Je trouvais qu’ils avaient soutenu beaucoup de projets innovants dans le passé et j’ai donc voulu participer.

C’est également en tant que co-investisseur que j’ai fait mes premiers investissements avec Be Angels. Je me suis inspirée de ce modèle pour lancer des groupes d’investissement chez Be Angels.

Des groupes d’investissement ? De quoi s’agit-il ?

Ce sont des groupes qui ont été mis en place pour aider les aspirants business angels à se lancer. Au lieu de devoir investir des montants importants à titre individuel, on co-investit avec d’autres investisseurs plus aguerris et on apprend sur le terrain.

J’ai fait partie du premier groupe lancé en 2013. C’est comme ça que j’ai fait mes 3 premiers investissements au sein de Be Angels.

Le groupe analyse et discute des dossiers ensemble. Les investissements sont effectués au travers d’une société de droit commun. Les membres du groupe votent pour sélectionner les dossiers à la majorité simple.

Cela veut dire qu’en tant que membre du groupe on peut être amené à investir dans des sociétés pour lesquelles on n’a pas voté, mais les tickets sont limités.

Cette première expérience est surtout très formatrice. Les nouveaux investisseurs sont guidés par les membres actifs tout au long du processus et limitent de ce fait le risque qu’ils prennent en tant que novice.

Les groupes sont composés d’une vingtaine de personnes et représentés par une ou deux personnes maximum auprès des sociétés dans lesquelles le groupe investit.

Quelles sont les différences principales entre du capital risque et de l’investissement traditionnel ?

D’abord, le manque de recul que l’on peut avoir sur les sociétés. Investir dans une start-up, c’est assez intangible. Ce sont des nouveaux marchés, des produits innovants, pour lesquels il existe peu de point de référence. La qualité de l’équipe fondatrice et la confiance dans sa capacité à exécuter sont donc très importants.

Le manque de liquidité également. Je dis toujours aux aspirants business angel qu’un investissement dans une start-up doit se concevoir sur un horizon de temps de 5 à 7 ans minimum.

Ensuite, le cycle de vie du portefeuille d’un business angel est également très différent. Beaucoup de start-ups ne survivent pas à leur première année. Celles qui y arrivent ont une vraie chance d’y arriver, mais leur développement prend toujours plus de temps que prévu.

C’est normal, c’est une recherche quotidienne du business model qui leur permettra de capturer un nouveau marché ou de lancer un nouveau produit. Ces choses-là demandent du temps et beaucoup de tâtonnement. Mais une fois qu’elles y sont arrivées, leurs courbes de croissance sont beaucoup plus hautes que des PME traditionnelles.

Il faut avoir les reins solides et l’estomac bien accroché, en tant qu’entrepreneur et en tant qu’investisseur accompagnant, pour passer à travers ce cycle.

Vous avez fondé un club d’investissement dédié aux femmes au sein de Be Angels, pourquoi ?

C’est parti d’un constat fait en 2010-2011, en pleine crise financière. Le capital-risque souffrait énormément de l’environnement économique. Les fonds se déplaçaient plus haut dans la chaîne de financement, vers des entreprises plus matures. Les jeunes start-ups étaient confrontées à un manque de financement.

Il fallait trouver davantage de business angels pour faire rentrer plus de capitaux dans le marché. Pour cela, nous devions trouver des nouveaux groupes de business angels potentiels. Des études menées au niveau européen montraient que les femmes étaient absentes de la plupart des réseaux de business angels. Qui plus est, les quelques femmes qui en faisaient partie étaient souvent passives, n’investissaient pas ou peu.

Ce constat était également valable pour Be Angels. En interrogeant des femmes dont le profil se prêtait bien à devenir business angel, j’ai mieux cerné les raisons pour lesquelles elles ne faisaient pas partie d’un réseau. Les femmes citaient souvent l’absence d’autres femmes business angels dans le réseau comme un frein. Elles mentionnaient également l’horaire des événements qui était souvent incompatible avec leur rythme de vie et surtout l’absence de formation. L’apprentissage « sur le tas » ne correspondait pas à leurs attentes.

Que faites-vous différemment au sein de ce réseau féminin ?

Au début, nous nous sommes concentré sur la formation, le coaching et l’apprentissage collectif. Très vite, des business angels existants du réseau (des hommes), ont marqué leur intérêt pour ce type de formation et ont commencé à participer également à certains séminaires.

Au bout de 3-4 ans d’existence, nous avons réintégré les activités de ce club au réseau, en toute mixité. La seule chose qui survit aujourd’hui sont les rendez-vous mensuels entre investisseuses où l’on peut échanger sur les dossiers en cours.

Est-ce qu’une femme business angel investit différemment d’un homme ?

Pas vraiment, non. Le stéréotype selon lequel les femmes sont plus averses au risque que les hommes ne se vérifie pas chez Be Angels. L’appréhension du risque dépend plus de la personnalité de chaque investisseur, de son niveau d’expérience et de sa situation personnelle. Pas de son genre.

Par contre, en tant que business angel, les femmes sont peut-être plus à l’écoute des projets portés par des entrepreneuses. Ce n’est pas qu’elles cherchent à investir dans des projets portés par des femmes. Simplement, elles savent d’expérience que les femmes ne « vendent » pas leur projet de la même manière. Les entrepreneuses ont tendance à moins insister sur leur potentiel de croissance et leurs ambitions qu’un homme. Elles sont plus dans le concret, les étapes déjà accomplies. En tant que femme business angel, nous savons donc quelles questions poser pour pouvoir identifier tout le potentiel de leur projet.

Le message que je veux faire passer concernant cette initiative pour les femmes est donc celui de la diversité. Diversité de genre, mais également diversité de génération, de parcours professionnel, de secteur…c’est ça qui fait la richesse d’un réseau. Pour l’investisseur mais aussi et surtout pour l’entrepreneur.

Quel est le profil type d’un business angel ?

C’est assez varié. La moyenne d’âge chez Be Angel aujourd’hui tourne autour de 45 ans, alors qu’il y a 10 ans nous étions plus près des 65 ans. Grâce aux groupes d’investissement, des personnes encore très actives peuvent devenir co-investisseurs et faire bénéficier de leurs connaissances en nouvelles technologies et innovations diverses.

Avant, être business angel était beaucoup plus prenant en terme de temps. Les entrepreneurs, plus que du capital, ont besoin d’accompagnement et de conseil.

C’est le niveau d’implication et d’accompagnement qui fait la différence et qui réduit les risques pour les investisseurs. Via ces groupes et les différentes structures mises en place, les personnes qui ont moins de temps peuvent se reposer sur d’autres qui sont en mesure d’investir plus de temps.

Etre business angel, c’est avant tout avoir envie d’aider et de développer l’entrepreneuriat. Il est capital d’être conscient que cela demande un investissement qui va au-delà du patrimoine financier.

Quels conseils donneriez-vous à des femmes qui voudraient devenir business angels ?

En premier lieu, définissez bien votre stratégie d’investissement en répondant aux questions suivantes :

  • Pourquoi voulez-vous investir ? Et pourquoi en particulier dans du capital risque ? Investir dans des jeunes entreprises est une vraie aventure. Soyez prêtes à tout perdre et à vous investir personnellement dans la réussite de l’entrepreneur en l’accompagnant.
  • Quel part de leur patrimoine êtes-vous prêtes à investir dans du capital-risque ? La bonne pratique c’est maximum 10% de votre patrimoine hors résidence principale.
  • Quel temps avez-vous à consacrer à l’activité business angel? Si vous n’avez que très peu de temps à dédier aux porteurs de projets, commencez plutôt par des groupes d’investissement et/ou du co-investissement.
  • Quels sont les secteurs qui vous intéressent et ceux où vous avez des connaissances vous permettant d’avoir un avis sur la qualité des opportunités ? Si vous investissez seule, maîtrisez les dynamiques des industries dans lesquelles vous investissez vous permet de mieux appréhender le risque.
  • Quel est votre horizon d’investissement ? Pour une jeune entreprise, il faut prévoir un horizon de 5 à 7 ans avant d’espérer sortir et réaliser son investissement.

Ensuite, rejoignez un réseau, ne vous lancez pas seule. J’ai vu énormément d’aspirants business angels se lancer dans l’aventure en finançant un projet recommandé par un ami ou quelqu’un de la famille. Ils n’avaient pas fait l’analyse ni réfléchi à leur stratégie d’investissement en amont. Evidemment, cela s’est mal terminé, ils ont perdu de l’argent et n’ont plus jamais investi. C’est dommage. Avec le bon encadrement et la bonne formation, l’expérience aurait pu être très enrichissante dans tous les sens du terme.

Le mot de la fin?

Soyez attentives à ne pas tomber dans l’émotionnel. Tenez-vous en à votre stratégie et revoyez-la régulièrement. Il m’est moi-même arrivé de regarder des dossiers et de réaliser que j’étais en train de considérer une opportunité dans un domaine que j’avais explicitement exclu de ma stratégie. Ne vous laissez pas influencer par l’enthousiasme du moment. Assurez-vous que les fondamentaux soient respectés. C’est à ce prix que vous garderez vos risques plus ou moins sous contrôle.

Merci beaucoup à Claire d’avoir partagé ces conseils avec nous. Pour en savoir plus sur Be Angels et ses activités, n’hésitez pas à visiter leur site.

Vous êtes entrepreneuse et cherchez des investisseurs ? Envoyez votre dossier directement via le formulaire en ligne sur leur site, leur comité de sélection se réunit une fois par mois.

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Starmicalement vôtre,

Gaëlle