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Chaque mois, une femme investisseuse partage avec nous son expérience personnelle. Ce mois-ci, je suis honorée de partager avec vous le témoignage d’Aude Lemogne, ex-trader reconvertie en entrepreneuse. Elle a fondé Link Management il y a 8 ans, société spécialisée dans le conseil en Art et est également la maman d’un petit garçon de 5 ans.

Par ailleurs, Aude est notre 3e mousquetaire dans le conseil d’Administration de StarTalers. Elle partage avec nous ses stratégies d’investissement et sa vision sur l’investissement durable. 

Aude est une investisseuse privée aguerrie – ses stratégies ne conviennent donc pas à tout le monde. Certains termes peuvent paraître assez techniques à des débutantes. Nous avons essayé de le rendre accessible mais n’hésitez pas à poser vos questions ou faire vos commentaires en bas de l’article! 

Pourrais-tu nous raconter ton expérience en tant que trader et comment cela a influencé ton experience d’investisseuse?

 

Les huit premières années de ma carrière professionnelle, je les ai passées dans des salles de trading, peaufinant des stratégies d’investissement dans le domaine très particulier du risk-arbitrage[1], sans jamais investir le moindre centime à titre personnel dans les marchés financiers !

Ce n’est qu’après un changement de carrière, lorsque j’ai fondé ma propre entreprise, que j’ai commencé à sérieusement réfléchir à ma stratégie d’investissement personnelle.

En tant qu’investisseuse professionnelle, j’étais soumise à des restrictions contractuelles qui limitaient mes possibilités d’investir à titre personnel, afin d’éviter d’éventuels conflits d’intérêts. Mais au-delà de cette contrainte, je ne voyais à cette époque aucun intérêt à devenir investisseuse. J’étais essentiellement une épargnante, satisfaite et rassurée par une approche focalisée sur la préservation de mon capital.

est-ce que ta gestion patrimoniale a été influencée par tes choix de carrière? comment et quand as-tu vraiment commencé à investir?

 

Depuis que je suis entrepreneuse, je dois souvent réaliser des projections de mes finances. En effet, mes revenus sont plus incertains et je dois anticiper. C’est ainsi que j’ai réalisé que planifier efficacement ses investissements ne se résume pas à acheter de l’immobilier.

En pleine turbulence post-crise, j’ai commencé par privilégier l’immobilier et les oeuvres d’art par passion familiale. Petit à petit, j’ai commencé à prendre des positions sur les marchés d’actions, de façon très ponctuelle. Ma volonté était de revendre au bout de 6 à 9 mois avec un profit.

Par ailleurs, afin de diversifier mes investissements, j’ai également alloué un budget pour des prises de position dans des start-up. Ce budget ne dépasse pas 10% de mon patrimoine global.

 

Quel style d’investisseuse es-tu ?

 

Mes premières expériences en tant qu’investisseuse ont été largement influencées par mon passé de trader. J’effectuais ma propre analyse des mouvements de marché (avec une préférence pour les marchés baissiers) et ma stratégie d’investissement était de prendre des positions qui allaient à contre-courant de l’opinion générale du moment.

Ainsi j’ai acheté des indices répliquant le prix du pétrole quand celui-ci est passé à un niveau proche de US$30, ce qui était une énorme baisse par rapport aux cours des dernières années. Les analystes financiers prévoyaient un bain de sang pour le pétrole. J’avais l’intime conviction que le marché était en train de sur-réagir et que les fondamentaux allaient finir par l’emporter. Cela s’est avéré juste.

A présent, je suis une investisseuse moins opportuniste et plus orientée sur le long terme. Je me focalise sur la répartition de mon portefeuille par classe d’actifs. Je suis rentrée dans de la dette privée[2]. J’ai aussi diversifié mes investissements en allant dans des fonds spécialisés dans l’agriculture. A chaque fois, ma méthode est la même:

  • choisir des projets d’investissement très précis
  • s’assurer que les risques sont clairement établis
  • étudier le dossier en profondeur

Je suis prête à louper une opportunité, plutôt que de me précipiter en bâclant mes recherches. C’est sûrement un réflexe professionnel de mes années de trading.

 

 

Peux-tu partager avec nous les resultats que tu as obtenu jusqu’à present? Quel est l’investissement dont tu es la plus fière? Quel regret as-tu?

 

Michel & Augustin est la première start-up dans laquelle j’ai investi et constitue une des belles réussites de mon portefeuille. Récemment j’ai également investi dans une autre start-up française active dans le e-commerce. Elle a déjà pris 500% en deux ans.

Malheureusement tous les investissements ne sont pas couronnés de succès. Ainsi j’avais également investi il y plus de 5 ans dans une structure de crowd-funding en Angleterre. Elle a complètement périclité. La perte que j’ai subi a été de 100% sur ce placement !

Les risques liés à l’investissement dans les start-up demeurent importants. C’est pouruqoi je n’alloue qu’un faible pourcentage à ce type d’investissement.

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Quelle évolution prévois-tu pour tes investissements ?

 

Actuellement mes activités professionnelles sont trop prenantes pour que je fasse un suivi journalier ou même hebdomadaire de mes investissements. Il me faut donc adapter mon approche. Je privilégie la diversification et me positionne sur des périodes de détention bien plus longues. Je dois faire une analyse approfondie à la mise en place du portefeuille, mais le suivi est plus ‘léger’.

Ma stratégie d’investissement évolue et mûrit conjointement avec ma vie professionnelle et personnelle. Je pense que c’est un processus normal pour beaucoup d’investisseurs.

En parlant de nouveaux produits, quelle est ton avis sur l’investissement durable?

 

Je m’y intéresse de plus en plus. Là encore, il y a un processus de maturation qu’il faut respecter.

Mes premiers échanges avec des investisseuses très actives dans les investissements à impact social et environnemental remontent déjà à plusieurs années.

Au début, j’étais très sceptique. A la fois par rapport au niveau de rendement que ce genre d’investissement peut générer et par rapport au véritable impact obtenu. A présent, je suis beaucoup plus à l’aise sur le rendement que génèrent les investissements durables. Ils attirent de plus en plus l’attention des investisseurs.

Néanmoins, il reste encore beaucoup de travail à faire sur la mesure de l’impact à long-terme de ces investissements, qui diffère fondamentalement d’une entreprise à l’autre.

Pour conclure, quels conseils donnerais-tu à des femmes qui refléchissent à commencer à investir?

 

Dans un premier temps, identifiez votre propre sensibilité au risque.
Ensuite, clarifiez vos objectifs: financer sa retraite, préserver son patrimoine, lancer son propre projet,…?
Ciblez les placements les mieux adaptés à vos objectifs, seule ou en vous faisant accompagner. Je préconise de commencer par des petits montants.
En suivant votre portefeuille, vous comprendrez de mieux en mieux les bases des différents actifs et gagnerez en confiance dans vos décisions d’investissement.

 

 

Interview avec Aude Lemogne, Août 2018.   

 

 

[1] Le Risk-arbitrage est une stratégie d’investissement utilisée par des investisseurs institutionnels, c’est-à-dire des sociétés actives dans le domaine financier (comme des fonds d’investissement ou des banques par exemple). Elle parie sur la réalisation d’une opération de fusion entre 2 sociétés ou d’acquisition d’une société par une autre, en profitant de la réduction de l’écart entre le prix de marché des actions d’une entreprise-cible avec le prix offert par l’acquéreur.

[2] Il s’agit de crédits octroyés soit à des personnes privées soit à des entreprises et qui utilisent comme collatéral des actifs tangibles, tels que des œuvres d’art ou de l’immobilier. Ces crédits sont ensuite transformés en obligation avec taux d’intérêt fixe.