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Ernest Hemingway disait : « La première panacée pour une nation mal dirigée est l’inflation monétaire, la seconde est la guerre. Les deux apportent prospérité temporaire et destruction indélébile. Les deux sont le refuge des opportunistes économiques et politiques. »

Quel programme n’est-ce pas ?

La première raison que je donne quand on me demande pourquoi investir, c’est l’inflation. L’inflation a permis à des enfants d’après-guerre de remplacer leurs cubes en bois par des liasses de billets sans valeur. L’inflation a obligé le peuple allemand à se munir d’une brouette comme portefeuille pour aller faire leurs courses dans les années 20.

 

Ce n’est pas de la science-fiction, ni une mauvaise plaisanterie. Plus récemment, le Zimbabwe ou le Venezuela ont vécu des situations similaires. En effet, la valeur de leur devise a chuté en très peu de temps. Dans cet article, nous allons vous présenter en détail ce qu’est l’inflation, votre meilleure ennemie, qui la contrôle, et comment vous en préserver.

 

L’inflation définie

« Dans une économie de marché, les prix des biens et des services peuvent varier. Certains prix augmentent, d’autres diminuent. On parle d’inflation lorsqu’il y a une hausse généralisée des prix, et non pas seulement de certains produits. Il en résulte que vous pouvez acheter moins de biens et de services pour un euro. Inversement, un euro vaut moins qu’avant. »

Source : Site Internet de la Banque Centrale Européenne.

À l’inverse, la déflation est une baisse générale des prix.

L’inflation est mesurée par l’indice des prix à la consommation (aussi appelé Indice des Prix à la Consommation Harmonisé: l’IPCH). Autrement dit : l’évolution des prix des articles du fameux « panier de la ménagère ». Outre une dénomination sexiste et quelque peu désuète, ce fameux “panier de la ménagère”, n’est pas toujours en ligne avec notre consommation réelle. Nos habitudes de consommation peuvent varier d’une région à l’autre, que l’on ait une addiction au shopping ou pas, etc ! Mais il a l’avantage d’offrir une base commune de calcul de l’inflation qui soit comparable dans le temps, mais également entre états européens par exemple. Ci-dessous la composition de l’indice…à vous de comparer avec votre budget !

Source : Statbel

Comment apparaît l’inflation 

 i.     Accroissement de la masse monétaire

En théorie, on peut dire que la monnaie en circulation représente la richesse ou la taille de l’économie en question. Par exemple, la masse d’Euros en circulation est équivalente à l’économie européenne, par exemple à son Produit Intérieur Brut (PIB). Admettons que cette économie reste stable, c’est-à-dire que la production de biens et de services reste la même d’une année sur l’autre. Si la masse monétaire augmente, c’est-à-dire que le nombre de billets et pièces en circulation augmente. Donc, chacun de ces pièces et billets valent une portion moindre de cette même économie.

Concrètement, la valeur des Euros épargnés par les ménages diminue et le pouvoir d’achat également puisqu’il faut maintenant plus d’Euros pour acheter un même bien. L’inflation revient donc au pourcentage de perte du pouvoir d’achat qui en résulte. Elle est souvent le résultat d’une politique de relance par le déficit des états ou encore par la banque centrale. Cette dernière ayant pour but d’encourager nos banques à nous prêter de l’argent et de nous dissuader d’épargner par leur politique de taux d’intérêts. Ce qui augmente alors la masse monétaire en circulation. Nous reviendrons sur ce point dans un prochain article sur les politiques des banques centrales. Pas de panique !

 ii.     Accroissement de la demande des biens

C’est la bonne inflation en théorie ! Lorsque notre économie se porte bien, notre pouvoir d’achat augmente. Par exemple si nous sommes plus nombreux à travailler, nous sommes plus nombreux à consommer. Il en résulte une plus grande demande des biens et services ce qui aura tendance à faire augmenter les prix. Au moins le temps que la production s’ajuste pour y faire face. 

 

iii.     Inflation importée

Lorsque la hausse des prix provient de facteurs externes et est hors de notre contrôle, on appelle cela l’inflation importée. Elle résulte souvent de la spéculation ou de la géopolitique. Vous pouvez penser aux prix du pétrole qui montent lorsqu’un conflit éclate au Moyen Orient par exemple. Mais aussi à des fluctuations anormales des taux de changes qui renchérissent certaines denrées à l’importation si notre monnaie se trouve fortement dévaluée. Lorsque le US Dollar s’apprécie vis-à-vis de l’Euro, alors il vous faut plus d’Euros pour arriver à une même somme de US Dollars. Le prix des biens et services que nous importons en US Dollars augmente donc mécaniquement pour nous qui achetons avec des Euros.

 

iv.     Accroissement des coûts de production

Cette inflation provient de la hausse du coût des facteurs de production tels que les matières premières ou la main d’œuvre par exemple. Ce dernier est certainement le meilleur scénario puisqu’il se produit souvent lorsque l’on se rapproche du plein emploi et que les employeurs doivent payer mieux pour attirer ou conserver leur main d’œuvre. Cette hausse des coûts sous-jacents se reflète dans les prix finaux dans notre fameux panier de la ménagère. Mais comme elle va de pair souvent avec une hausse des salaires, elle est en général indolore pour nous. C’est différent lorsque celle-ci est importée comme c’est souvent le cas avec le coût des matières premières.

 

Est-ce grave docteur, l’inflation ?

C’est donc notre pouvoir d’achat et la valeur de notre épargne qui risquent d’être impactés en cas d’inflation.

Par exemple l’année dernière dans la zone EURO l’inflation était de 1.5%. Cela veut dire que le fameux « panier de la ménagère » était plus coûteux de 1.5% en moyenne sur l’année. Donc si nos revenus ou notre épargne n’ont pas augmenté d’au moins autant, nous avons perdu en pouvoir d’achat. Dans une économie en croissance, les niveaux de salaires ou de rentes suivent en général le taux de croissance sur le moyen terme. Donc tant que l’inflation ne dépasse pas le taux de croissance sur le moyen terme, l’inflation n’est pas trop néfaste.

Elle le devient quand le taux s’emballe voire même devient incontrôlable. On appelle ce phénomène l’hyperinflation. Ou bien que l’on assiste à une stagnation voire une baisse de l’activité économique. On appelle ce scénario la « stagflation ». Dans nos économies dites « mature » avec un système monétaire stable et une croissance modérée voire faible, on estime que jusqu’à 2% d’inflation sur une année est acceptable. Dans les pays en voie de développement, il n’est pas rare de voir des chiffres d’inflation très élevés. Ils s’accompagnent le plus souvent d’une croissance forte du niveau de vie. Lorsque ce n’est pas le cas, alors les populations en souffrent et la croissance économique et la paix sociale finissent par en pâtir. On comprend dès lors pourquoi ce sujet est si cher au cœur de nos politiciens aussi.

C’est le rôle des banques centrale de maintenir l’inflation à un niveau acceptable. Pour la Banque Centrale Européenne, cet objectif est à 2% par an.

 

En théorie donc, croissance et inflation devraient s’équilibrer. Malheureusement, ni nos salaires, ni le rendement de nos comptes épargnes n’y sont toujours véritablement indexés. 

 

Comment se prémunir du risque d’inflation ? 

Deux choses principales à retenir ! 

L’inflation impacte d’abord votre pouvoir d’achat, mais elle impacte aussi votre épargne. En effet, si la valeur de la monnaie diminue, celle de votre argent en banque aussi. La clé est donc d’investir cet argent sur le moyen à long terme si possible, à un taux supérieur à l’inflation. Par exemple, en ce moment, les taux de l’épargne sont proches de 0 %, voire négatifs, alors que l’inflation bien que faible n’est pas nulle. Il convient donc d’essayer de “battre” le taux d’inflation a minima afin que notre épargne ne perde pas de la valeur. Et à terme aussi, notre pouvoir d’achat si un jour votre épargne doit être dépensée dans un projet immobilier ou l’éducation de vos enfants, ou une retraite confortable bien méritée. 

Comment faire ? Diversifiez ! Osez investir sur les marchés ou dans l’immobilier afin d’obtenir une croissance de votre épargne supérieure à celle de l’inflation. Idéalement, le taux de croissance de votre épargne devrait pouvoir aussi couvrir d’éventuels taxes et frais. 

Objectif de rendement minimum = Inflation + taxes + frais. 

Bien entendu, gardez bien de côté ce qu’il vous faut pour vivre ainsi que votre fonds d’urgence. Pour structurer votre approche de l’investissement, je vous invite chaudement au préalable à lire l’ebook sortie il y a quelques jours.

Pour celles et ceux qui aiment le contenu vidéo vulgarisé avec humour, je vous recommande ces 2 vidéos de la chaîne youtube Heureka sur l’inflation :

L’inflation pour les nuls (Part – 1) – Heu?reka #25-1

L’apocalypse par l’inflation (ou pas) – Heu?reka

 

Vous voilà informées et armées pour faire face à l’inflation. Nous nous devons néanmoins de souligner à ce stade qu’à aujourd’hui, ce sont plutôt les risques de récession qui pèsent sur nous à court terme plutôt que ceux d’une inflation galopante. Et ce, malgré les politiques d’injections massives de liquidités (appelées aussi “quantitative easing”) menées par les banques centrales du monde entiers. Pour positionner votre portefeuille au mieux, n’hésitez pas à vous référer à notre article sur les valeurs refuges. Sur le moyen à long terme cependant, l’inflation restera votre meilleure ennemie. 

 Je vous laisse avec une petite vidéo de récap de Gaëlle: 

Auteure : Astrid Campistron

Franco-belge, diplômée de l’Ecole Supérieure de Commerce de Reims, Astrid conseille des clients privés à Luxembourg dans la gestion de leurs investissements depuis 13 ans. Elle est passionnée de rugby, de voyage et de chant. Elle a aussi pratiqué la danse classique toute son enfance. Dynamique et extravertie, elle aime surprendre mais aussi transmettre ses passions et sa connaissance des marchés à ses clients.