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Être investisseuse, ce n’est pas uniquement investir en bourse. Il existe beaucoup d’autres manières de faire travailler son argent. Elles sont toutes complémentaires et permettent d’augmenter encore la diversification de vos investissements. Dans cet article, nous vous expliquons comment investir dans des startups ou des jeunes pousses. C’est-à-dire des jeunes entreprises qui cherchent du financement pour lancer ou développer leur projet. Ce type d’investissement s’appelle “angel investing” en anglais et les investisseurs s’appellent des business angels. Nous allons voir en quoi il peut être bénéfique, à la fois pour l’investisseur et pour l’entrepreneur. Êtes-vous prêtes à investir dans des startups et devenir business Angel ?

Un business angel, c’est quoi ?

 

Un “angel investor” c’est quelqu’un qui utilise une part de son patrimoine personnel pour investir dans des startups. Une fois le cap du “love money” (investissements de la famille et des amis) passé, l’entrepreneur à la recherche de financement se tourne vers d’autres types d’investisseurs, privés dans un premier temps.

Plusieurs éléments différencient le business angel de l’investisseur traditionnel : l’implication dans la stratégie de l’entreprise, la recherche et l’analyse des opportunités d’investissement, la liquidité, la disponibilité des informations concernant l’entreprise et le risque. Nous allons aborder ces différents points dans les prochains chapitres.

 

Pourquoi investir dans des startups ?

Investir dans des startups ( des jeunes entreprises) est assez risqué. En effet, les entreprises financées sont encore en phase de démarrage et beaucoup ne survivent aux trois premières années d’existence. Par conséquent, les gains sur ce type d’investissement sont très aléatoires. Les sociétés qui prospèrent généreront des rendements qui peuvent être très importants, pouvant atteindre des multiples de 5 ou même 10 du capital investi. Mais ces rendements seront souvent temporisés par toutes les autres sociétés qui ne survivront pas. On estime que seules 10 à 15% des sociétés faisant appel à des investisseurs généreront des plus-values pour ces derniers.

Vous l’avez compris, il faut donc trouver des motivations autres que financières pour investir dans des startups ! Un business angel, c’est surtout quelqu’un qui a une passion pour l’entreprenariat. Quelqu’un qui a envie de soutenir les entreprises qui contribueront à améliorer le monde de demain, en encourageant les progrès technologiques et la créativité. un business angel apportera sa contribution à l’équipe entrepreneuriale en les aidant dans leurs prises de décision et en leur fournissant le recul nécessaire. il mettra son réseau de contacts au profit de l’entreprise dans laquelle il investit afin de l’aider à se développer.

 

Comment investir dans des startups ?

Quel montant investir ?

Les tickets d’entrée pour investir dans des startups débutent en général autour de 10.000 EUR par investissement. Sachant que vous risquez de ne pas récupérer votre mise investie, considérez que l’argent investi de cette manière est potentiellement perdu. Assurez-vous donc que vous avez suffisamment de ressources pour vous permettre ce type d’investissement. Outre votre fonds d’urgence, nous vous déconseillons de financer vos objectifs “essentiels” exclusivement au travers de ces investissements. En fonction de votre profil de risque, considérez investir entre 5% et 20% de votre patrimoine global. Encore une fois, chaque situation est différente.

 

Comment identifier les opportunités ?

La grande difficulté dans ce type d’investissement, c’est d’avoir accès aux opportunités d’investissement – et de savoir les analyser correctement. Si vous avez un réseau personnel dans le milieu entrepreneurial, vous pouvez commencer par signaler votre intérêt d’investir. Beaucoup d’opportunités d’investissement passent par les réseaux informels, les connaissances professionnelles ou même privées. Dans ce cas, entourez-vous de personnes qui ont déjà investi dans le passé et qui pourront vous guider et vous aider à analyser le dossier.

 

Rejoindre un réseau de business angels

Une autre manière d’avoir accès à un flux de dossiers, c’est de rejoindre un réseau de business angels. Plus ou moins organisés selon les régions et les secteurs d’investissement, ces réseaux vous permettent d’avoir directement accès à des demandes de financement et de bénéficier de l’expérience des autres investisseurs chevronnés du réseau.

Certains réseaux permettent même des investissements groupés au travers de structures gérées par le réseau. Cela permet de diminuer la mise individuelle de départ dans un dossier et de diversifier ses investissements au travers de plusieurs dossiers.

Un premier tri est effectué au sein du réseau : en général, un comité d’investissement s’occupe de la présélection de 4 ou 5 projets qu’ils auront analysés et considérés comme investissables. Ces projets seront ensuite présentés à l’ensemble des membres du réseau.

Chaque investisseur est ensuite libre de choisir le projet auquel il souhaite adhérer !

Il existe différents réseaux, organisés par région et/ou par secteur. En Belgique francophone, vous pouvez contacter BeAngels. Au Luxembourg, le réseau s’appelle LBAN. Il existe beaucoup de réseaux en France, dont Femmes Business Angels qui est dédié aux femmes investisseuses.

 

Comment identifier les “bons” investissements ?

Si vous décidez de devenir business angel, il vous faudra analyser les dossiers d’investissement qui vous sont présentés. Quels sont les critères d’analyse à prendre en compte ? Chaque investisseur a ses propres grilles d’analyse en fonction de ce qu’il recherche. Nous vous livrons ici quelques critères pour bien commencer.

#1 l’équipe

Dans les premières années du développement d’une entreprise, la réussite du projet dépend très fortement de la qualité et de la complémentarité de l’équipe et des fondateurs. Les questions à se poser :

  • Les fondateurs ont-ils déjà travaillé ensemble ? Sont-ils alignés sur la vision de l’entreprise et comment l’exécuter ?
  • L’équipe a-t-elle collectivement les compétences nécessaires pour réaliser le projet ? Si oui, est-ce que le rôle de chacun est bien défini ? Si non, prévoient-ils les recrutements nécessaires ?

#2 l’avantage compétitif

Qu’est-ce qui fait que cette entreprise peut réussir dans son secteur sans risquer d’être copiée trop rapidement ?

  • Existe-t-il des barrières à l’entrée dont la société bénéficie tels que brevets, propriété intellectuelle…?
  • L’équipe a-t-elle une expérience et un réseau dans le secteur difficile à copier pour un nouvel entrant ?
  • Les clients sont-ils captifs du produit/de la solution une fois inscrits ? Le coût de transfert est-il significatif ?

#3 le modèle de revenus

Beaucoup de jeunes entreprises échouent car elles ne trouvent pas de moyen de monétiser leur produit ou leur solution. Assurez-vous que l’équipe a un plan clair pour générer des revenus et que ces revenus soient suffisants à terme pour pérenniser l’entreprise.

  • Comment la société génère-t-elle des revenus ?
  • À partir de quel volume d’activité atteint-elle le point mort (là où ses revenus couvrent ses coûts) ?
  • Quelle est sa marge brute et nette ? Comment évolue-t-elle en fonction du volume ?

#4 le potentiel de croissance

La jeune entreprise que vous analysez a peut-être déjà montré une capacité à attirer des clients pour son produit ou sa solution, mais leur modèle permet-il une forte croissance ?

  • Le modèle d’activité de l’entreprise est-il duplicable à plus grande échelle ?
  • Est-ce que l’équipe a un plan pour améliorer la profitabilité lorsque le chiffre d’affaires augmente au moyen de services additionnels sans augmenter les coûts ?

#5 le marché

L’adage dit que s’il n’y a pas de concurrent, il n’y a pas de marché. Néanmoins, assurez-vous que le potentiel du marché est suffisamment attrayant pour que la société puisse grandir de manière pérenne.

  • Le marché est-il suffisamment porteur ? Quelle est la taille et la croissance ?
  • Quels sont les principaux concurrents et comment se portent-ils ?

#6 la valorisation

Idéalement, vous voulez faire une plus-value sur votre investissement. Si vous investissez à une valorisation de la société à 2 millions d’EUR et que vous espérez faire fois 10 sur votre investissement, cela veut dire que la société devra être valorisée au moins 20 millions lors de votre sortie. Est-ce réaliste ? Est-ce que d’autres sociétés du secteur ont été rachetées ou cotées à des valorisations similaires ? Voici les questions à vous poser avant d’investir.

  • Quelle est la valorisation demandée par les fondateurs ?
  • Quelle est leur stratégie de sortie ?
  • Existe-t-il des exemples de sorties similaires et quelles ont été les valorisations de sortie ?
  • Quels sont les besoins de financement futurs ?

Comment procéder à un investissement ?

Afin d’officialiser la démarche, les investisseurs impliqués dans un tour de financement et le fondateur de l’entreprise doivent signer un pacte d’actionnaire. Ce pacte stipule les droits et obligations de chacun des parties au contrat et régit la relation entre les parties.

 Plusieurs clauses doivent peuvent dans ce contrat. Mentionnons quelques principales, sachant qu’en fonction du type d’investisseurs et de leur sophistication, le pacte peut être plus ou moins long et complexe.

La clause “good leaver/bad leaver

Elle protège l’investisseur d’un risque de départ des fondateurs. Il stipule une période minimum durant laquelle le ou les fondateurs s’engagent à rester dans l’entreprise. Elle peut stipuler également les conditions de sortie dans le cas où l’un des membres clés de l’équipe venait à partir, volontairement ou suit à une faute grave.

Le droit de préemption

Ce droit permet aux investisseurs de se porter acquéreur en priorité des parts de la société qui seraient mises en vente par une des parties soumises à cette clause. Par exemple, les investisseurs du tour actuel pourraient avoir un droit de préemption sur les futures émissions dans le cadre des prochains tours de financement ou lors d’une revente d’actions de la part des fondateurs.

 

La clause de liquidation préférentielle

Cette clause stipule la manière dont les investisseurs sont rémunérés en cas de liquidation ou de cession de l’entreprise. Il permet notamment d’éviter que les fondateurs, s’ils sont encore actionnaires majoritaires, décident de liquider la société après la levée de fonds et de se verser leur pourcentage du cash restant dans la société qui provient de la levée de fonds.

 

La clause d’anti-dilution

 Elle assure aux investisseurs qu’ils ne seront pas “lésés” dans les prochains tours de financement dans le cas où la valorisation serait plus faible que celle du tour pour lequel le contrat est créé.

 

Les clauses “tag along/drag along

 Ces clauses permettent de forcer la vente ou au contraire de forcer l’achat de l’ensemble des actions en cas d’événement d’achat ou de vente. Par exemple, elles peuvent stipuler qu’en cas de changement de contrôle de la société, l’ensemble des actionnaires à le droit de revendre ses parts à l’acheteur qui en prend le contrôle. À l’opposé, elles peuvent aussi obliger les actionnaires minoritaires à vendre leurs parts lorsque les majoritaires décident de vendre l’entreprise.

Il existe beaucoup d’autres clauses susceptibles de se trouver dans un pacte d’actionnaires. Il est important de garder à l’esprit que, très souvent, les conditions de la transaction sont dictées par les plus gros investisseurs et que les plus petits “suivent”.

 

Quand et comment sortir de son investissement ?

 Investir dans des startups non cotées en bourse, c’est en général accepter que son investissement soit “bloqué” pendant 5-7 ans. Pour sortir de son investissement, il faut qu’il y ait un événement de liquidité, c’est-à-dire un rachat (total ou partiel) de la société ou une entrée en bourse. Dans cas, les clauses du pacte d’actionnaires qui s’appliquent seront activées et vous recevrez la valeur de vos parts selon les termes de la vente mais également des clauses stipulées dans le pacte concernant les éventuelles clauses de liquidité préférentielles.

Dans les cas les moins chanceux, vous sortez lorsque la société est liquidée et que l’éventuel boni de liquidation est redistribué aux actionnaires. Rappelez-vous qu’en tant qu’actionnaire, vous serez les derniers à être compensé, une fois que l’ensemble des dettes de la société auront été remboursées.

La liquidité peut être une contrainte importante de ce type d’investissement. Il n’y a pas de marché secondaire sur lequel revendre vos actions. Qui plus est, le pacte d’actionnaires peut vous empêcher de revendre vos actions à un tiers non partie prenante au pacte pendant un certain temps. Il faut donc attendre qu’une porte de sortie se présente. D’où l’importance d’en discuter avec les fondateurs avant de rentrer dans le capital.

 

En conclusion

Investir dans des startups est relativement risqué, peu liquide et assez demandeur en terme d’investissement personnel. Tout le monde n’est pas capable ou n’a pas envie de se lancer dans cette classe d’actifs. Néanmoins, pour celles et ceux qui sont attirés par l’entrepreneuriat et qui veulent y contribuer sans pour autant lancer leur propre entreprise, c’est un moyen intéressant de participer à l’aventure entrepreneuriale. L’aventure peut être excessivement enrichissante, et pas seulement financièrement.

Pour s’assurer que cette aventure soit positive, à la fois pour l’investisseur et l’entrepreneur, il est important d’être très transparent et aligné sur ses aspirations. Investir dans une jeune entreprise, c’est investir dans son équipe fondatrice, c’est presque une histoire d’amour. Autant s’assurer que les fondamentaux de votre relation soient sains avant de s’engager sur cette route ensemble. Et si votre équipe fonctionne bien, l’entreprise aura plus de chance de prospérer et vous serez tous gagnants à l’arrivée !