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Nous vivons une période difficile et inédite. La pandémie du Covid-19 a provoqué une crise sanitaire sans précédent. Non seulement elle représente un drame humain mais, en mettant le monde entier en quarantaine, elle risque d’engendrer une crise économique et financière de grande ampleur. En tous cas, c’est ce que les marchés financiers semblent anticiper. Par exemple, l’indice boursier français (le CAC 40) a perdu 31% au premier trimestre 2020. Nous n’avions pas vu une telle chute depuis la crise de 2008. L’objet de notre article aujourd’hui n’est pas d’élaborer sur les conséquences économiques de la crise que nous traversons. Nous serions bien mal avisées à ce stade de prétendre pouvoir les anticiper. Nous préférons revenir sur un concept plus que jamais d’actualité : les valeurs refuges. Qu’est-ce que c’est ? Quelles sont-elles ces valeurs refuges ? Devons-nous investir aujourd’hui ? Suivez-nous, les réponses se trouvent dans cet article.

 

Qu’entend-on par « valeurs refuges » ?

Les valeurs refuges sont des titres de propriété ou de créance, cotés ou non cotés. Elles sont particulièrement prisées lors des crises économiques et/ou financières. Elles sont réputées résistantes voire performantes durant les corrections ou les cracks boursiers. De ce fait, elles permettent de préserver son portefeuille quand les marchés financiers sont baissiers (comme en ce moment quoi !). 

 

1) « Seignor…. Il est l’or… »

La reine des valeurs refuges c’est l’or :

  •  un stock limité,
  •  une validité quasi universelle et intemporelle,
  • un actif tangible que l’on peut mettre sous le matelas ou dans sa boîte à bijoux.

Le meilleur ami des anxieux du système bancaire et économique contemporain, dématérialisé et finalement très abstrait. Bref, si tout le système monétaire devait s’effondrer et les monnaies se déprécier fortement (hyperinflation), on considère que l’on pourra toujours échanger en or plutôt qu’en brouettes de billets ou de pièces. Nous l’avons déjà vu dans l’histoire !!! En Allemagne dans les années 1920, au Zimbabwe en 2008 ou encore au Venezuela en 2018. L’or a donc tendance à s’apprécier lorsque les craintes d’inflation ou de risque systémique émergent. Les banques centrales en détiennent d’ailleurs une grande quantité (33’950 tonnes début 2019) et sont les principales actrices de ce marché avec près de 20% des stocks mondiaux. De quoi se faire quelques colliers n’est-ce pas ?

Vous pouvez acheter de l’or “physique” sous forme de lingots, mais la majorité des transactions en or se font aujourd’hui de manière dématérialisée. Cela veut dire que vous achetez des titres de propriété sur des lingots qui sont déposés dans des coffres.

 

2) Obligations d’Etat: quand le retour de l’investissement prime sur le retour sur investissement…

Beaucoup considèrent les obligations d’états de certains pays comme des valeurs refuges.  Il s’agit de titres de créance émis par les états. En achetant une de ces obligations vous détenez donc une partie de la dette d’un pays. Vous percevez un coupon (taux d’intérêt) à intervalles réguliers et récupérez le montant prêté à l’échéance (de un jour à une durée indéterminée). Historiquement, les Etats-Unis, le Japon et la Suisse mais aussi l’Allemagne sont considérés comme des emprunteurs fiables. 

Lorsque les perspectives économiques s’assombrissent et que les marchés tanguent, les investisseurs se tournent vers des actifs de qualité qui ne risquent pas (ou peu) de faire défaut : les fameux “triples A ou AAA”. AAA est la meilleure note qu’une agence de notation puisse donner à un émetteur. Elle implique que sa dette a très peu de chance de ne pas être remboursée à l’échéance. Les AAA étant de plus en plus rares, les investisseurs se contentent souvent d’un AA voire A. Dès lors les cours de ces obligations progressent du fait de la demande accrue pour des titres plus sécurisants.

Depuis 2008, les banques centrales achètent massivement les obligations d’état. Elles le font pour éviter une trop forte hausse des taux d’intérêts long terme. Elles s’en servent également pour injecter des liquidités dans le système financier. Comme on mettrait de l’huile dans les rouages si vous préférez ! Ce faisant, elles soutiennent de manière artificielle les cours de ces obligations. Il suffit dès lors de surfer cette vague de liquidités pour être gagnant. 

En conséquence, les devises des états susmentionnés, dans lesquelles leurs dettes sont libellées en majorité, bénéficient directement de cette demande. Ces devises s’apprécient donc mécaniquement face aux autres devises : US Dollar, Yen Japonais et Franc Suisse en tête. En achetant des obligations de ces Etats, libellés dans leur monnaie, vous bénéficierez donc potentiellement des 2 effets combinés.

 

3) Actions défensives: au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !

Les obligations d’états ne sont pas les seules à bénéficier d’une demande accrue dans les périodes de crise économique. Tous les titres perçus comme étant de bonne qualité peuvent devenir des valeurs refuges relatives.

Mentionnons les actions défensives, les actions de sociétés perçues comme solides ou pouvant mieux tenir le cap en cas de récession ou d’assèchement des moyens de financement. Nous pouvons citer :

  • les fabricants de biens de consommation type Nestlé
  • ou les fabricants de biens particulièrement tendance comme Apple
  • ou bien les actions qui distribuent des dividendes élevés et/ou stables, avec une stratégie durable et transparente.
  • ou encore des sociétés actrices dans un secteur économique qui bénéficient indirectement de la crise – sans vouloir paraître cynique, on peut évoquer les sociétés fabriquant des masques ou des respirateurs aujourd’hui comme exemples…

 

Bref, généralement des sociétés durables, bien gérées avec une demande stable dans le temps. Nous ne répéterons jamais assez l’importance des critères de développement durable. Le journal Les Echos le soulignait justement dans un article, se référant à une étude de Bank of America Merill Lynch, “les entreprises socialement responsables sont celles qui ont le mieux résisté” en performant 5 à 10% mieux que le marché depuis le début de la crise du Covid-19.

Ces actions, aussi défensives soient elles, restent néanmoins soumises aux fluctuations du marché. Sans y être totalement immunisées, elles permettent le plus souvent seulement de les amortir. Par exemple, Nestlé n’a perdu “que” 17% au point le plus bas au premier trimestre 2020, le clôturant en baisse d’environ 10% “seulement”.

 

4) Une brique dans le ventre

L’immobilier reste l’une des valeurs refuges de prédilection pour bon nombre d’entre nous. Pourquoi? Recette du succès:

  • Actif tangible. Quoi de plus tangible qu’un bâtiment!
  • Il a une valeur d’usage puisqu’on peut y habiter dedans, il est donc utile, ce qui est assez rassurant et lui donne une valeur d’échange intrinsèque.
  • Parfois source de revenus: Si pas notre habitation principale.
  • Une valorisation bien moins fluctuante que des actifs cotés.

Quoi de plus rassurant n’est-ce pas? Évidemment, ce n’est pas toujours à la portée de vos économies. Le ticket d’entrée est assez important. Il est donc plus compliqué de garder un portefeuille diversifié. Une alternative est d’investir dans l’immobilier papier au travers de fonds immobiliers.

 

Alors … tous aux abris ?

1) Les valeurs refuges ne sont pas pour autant des solutions miracles

Si les valeurs refuges évoquées dans cet article sont incontournables, d’autres, moins répandues ou connues, peuvent dans certaines conditions les supplanter. Le statut de valeur refuge n’est pas immuable. Il dépend de la valeur que les investisseurs attribuent à l’actif en question et de la sécurité relative qu’ils y perçoivent.

Il nous faut insister sur un autre point à ce stade. Les valeurs cotées sont, par essence, soumises à des variations fortes qui ne reflètent pas toujours leur valeur intrinsèque mais sont plutôt le résultat de l’offre et la demande du titre en question à ce moment-là. Les valeurs refuges n’échappent pas à la règle et peuvent de ce fait perdre de la valeur, et ce, de manière durable lorsque la situation s’améliore par exemple. Elles ne vous immunisent donc pas contre les pertes ni ne permettent une couverture parfaite du risque lié à vos investissements existants. Ce n’est pas la panacée! Il convient donc de les utiliser à bon escient et pour une partie seulement de vos investissements. 

Vous l’avez compris, le sujet correspond bien aux marchés dans lesquels nous évoluons en ce moment. Alors que faire ? Il est certainement trop tard aujourd’hui pour acheter massivement les valeurs refuges que nous avons évoquées tant la crise boursière semble déjà bien avancée et les prix de ces actifs déjà très hauts. Néanmoins de meilleurs points d’entrée pourraient se présenter dans les semaines à venir pour qui souhaiterait se prémunir contre une aggravation ou une prolongation de la crise que nous traversons actuellement. 

2) Diversification, diversification, diversification…

La clef est de garder la tête froide et maintenir à tout moment une bonne diversification avec un horizon d’investissement moyen à long terme (min 5 ans). Les valeurs refuges sont des actifs incontournables de tout portefeuille géré en « bonne mère de famille » car les crises économiques et boursières sont difficiles à anticiper. Il s’agit de trouver le bon dosage des unes et des autres en fonction du contexte et des risques mais aussi et surtout en fonction de vos objectifs et appétence au risque. Dans le doute, rappelez-vous :

Keep calm and diversify

 

En résumé:

Valeur RefugeAvantagesInconvénientsQuel risque protège-t-elle le mieux ?Supports d’investissement possibles
Or
  • Liquidité élevée
  • Décorrélation aux actifs risqués classiques type actions
  • Tangibilité
  • Ticket d’entrée bas
  • Volatilité importante
  • Pas de revenus
HyperinflationBijoux ou lingots, Or dématérialisé (comme une devise détenue sur un compte en banque), fonds ou ETFs
Obligations d’états
  • Liquidité élevée
  • Volatilité généralement limitée surtout sur les obligations court terme
  • Revenus stables et prévisibles
  • Décorrélation aux actifs risqués classiques type actions
  • Ticket d’entrée modéré
  • Risque de taux. Ne protège pas contre l’inflation/hausse des taux sauf en cas d’obligations dites « liées à l’inflation »
  • Volatilité plus élevée sur les titres plus long terme.
Récession économiqueEn lignes directes, via fonds ou ETFs
Actions défensives
  • Liquidité relativement élevée
  • Offrent souvent des dividendes élevés ou stables donc un revenu.
  • Tickets d’entrée peu élevés
  • Volatilité élevée
  • Corrélées aux actifs risqués classiques type actions
  • Intangibilité
Récession économique ou crise boursièreLignes directes, fonds et ETFs
Immobilier
  • Tangibilité
  • Volatilité faible
  • Revenus réguliers
  • Ticket d’entrée potentiellement élevé
  • Peu liquide
Récession économique (sauf dans le cas de crise immobilière)Bâtiments, ou véhicules cotés type : Société d’Investissements Côtés, Real Estate Investment Trusts etc…

 

 

Auteure: Astrid Campistron

 

Auteure : Astrid CampistronFranco-belge, diplômée de l’Ecole Supérieure de Commerce de Reims, Astrid conseille des clients privés à Luxembourg dans la gestion de leurs investissements depuis 13 ans. Elle est passionnée de rugby, de voyage et de chant. Elle a aussi pratiqué la danse classique toute son enfance. Dynamique et extravertie, elle aime surprendre mais aussi transmettre ses passions et sa connaissance des marchés à ses clients.